Hommage à Charles Miquel

Hommage à Charles Miquel

Agde célèbre un héros de la Deuxième Guerre Mondiale

C'est avec l'évocation du Régiment "Normandie Niemen" une des pages les plus glorieuses de l'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale qui a été mise à l'honneur durant les cérémonies qui ont rendu hommage à Charles Miquel du 13 au 18 septembre derniers.
L'histoire de ce régiment commence avec la décision du Général de Gaulle de créer, en 1942, une unité d'aviation de chasse française pour assurer la présence française sur le front de l'Est. A cette époque de la guerre, il existe déjà deux groupes de chasse dans les Forces Aériennes Françaises Libres, "Alsace" et "Ile de France". Le troisième groupe s'appelle "Normandie". Après de longues négociations avec l'U.R.S.S., ce dernier s'installe sur la base d'Ivanovo, à 250 km au Nord-Est de Moscou. 60 militaires français dont 14 pilotes de chasse et 1 pilote de liaison, tous volontaires, vont représenter la France sur le sol soviétique pour combattre le nazisme. Ils choisiront comme avions de prédilection les "Yak" russes. Des hommes rejoindront régulièrement cette formation au fil du renforcement de ce régiment, mais aussi en fonction des pertes humaines. C'est au cours des trois campagnes de combats que cette unité montrera sa valeur, faisant même école dans les unités russes. Le 21 juillet 1944, l'unité reçoit le titre de "Régiment du Niemen" accordé par Staline. Dès lors, cette unité s'appellera "Régiment Normandie Niemen". Elle sera d'ailleurs la première troupe française à stationner en territoire allemand. Le 9 juin 1945, après la victoire, ce régiment est désarmé. Staline fait d'ailleurs don aux hommes de leurs avions. Ils se poseront au Bourget le 20 juin, devant une foule immense venue les accueillir en héros. Le "Normandie Niemen" a connu 273 victoires confirmées et 47 avions endommagés en 869 combats aériens. Le tribut humain est toutefois lourd : 42 pilotes sont morts parmi les 97 qui participèrent aux combats. Quatre d'entre eux ont été élevés à la dignité de "Héros de l'Union Soviétique". Le Général de Gaulle en a honoré 21 à qui le titre de "Compagnons de la Libération" a été décerné. C'est à ce jour l'unité la plus titrée. Cette histoire a d'ailleurs largement été évoquée grâce à l'exposition qui a été présentée au Palais des Congrès, tout comme lors de la conférence du Dr Fages, du Mémorial des Andélys. En parallèle, une autre exposition était également présentée. Intitulée "De Fer et de Plumes", elle proposait le travail photographique de Rémy Michelin, un passionné d'avions qui a regroupé en les mettant par deux des prises de vues d'avions et d'oiseaux dans des poses similaires, tandis qu'à l'extérieur du Palais des Congrès, l'Armée de l'Air présentait un vrai Mirage 2000 dans lequel près de 700 visiteurs se sont assis afin de profiter d'une visite guidée en compagnie des mécaniciens de l'Armée de l'Air.
Mais en premier lieu, ces cérémonies ont été l'occasion de revenir sur l'histoire de l'un de nos héros ayant appartenu au Régiment "Normandie Niemen" : Charles Miquel. Né à Bessan le 4 décembre 1920, cet élève du collège d'Agde se passionne très tôt pour l'aviation puisqu'il prend des cours en cachette de ses parents qui s'installeront quelques années plus tard dans la cité agathoise. Dans un contexte mondial déjà difficile, il s'engage comme pilote dans l'Armée de l'Air le 23 mai 1939 et sera libéré de son contrat en 1942 après avoir été affecté à Montpellier, Istres, Villefranche-de-Rouergue, Orange et Ouakam en Afrique. Le 1er février 1943, il est rappelé sous les drapeaux et, après quelques affectations dans des bases africaines, se porte volontaire pour le Régiment "Normandie Niemen". Il sera basé en Union Soviétique où il sera nommé Aspirant, nous sommes alors en 1944. Ses victoires dans le ciel sont nombreuses et souvent héroïques, marquant là une ténacité et un courage rare, ce qui lui vaut de nombreuses décorations à la fois françaises et soviétiques. Le 16 janvier 1945, l'Aspirant Charles Miquel est porté disparu alors qu'il effectuait une mission de couverture du champ de bataille de Gumbinnen en Prusse Orientale. Son Commandant rapporte avoir vu son avion dégageant une forte fumée blanche, probablement après avoir été touché par la Flak (défense anti-aérienne). La France perd alors l'un de ses plus valeureux combattants de l'air, âgé de tout juste 25 ans. C'est pour rendre hommage à cet homme exceptionnel que, le mardi 16 janvier 2007, le Maire d'Agde, le Général Hubac, à l'origine du projet, Yvonne Keller, Adjointe au Maire déléguée à la Culture, le Lieutenant-Colonel Zimtzov, représentant l'Ambassadeur de Russie, le Lieutenant-Colonel Faivre, officier du "Normandie Niemen", le Lieutenant-Colonel Acolatse, délégué militaire adjoint, la famille de Charles Miquel, les autorités militaires de l'Armée de l'Air et de Terre, les membres du Conseil Municipal d'Agde, Robert Raluy, Maire de Bessan, Michel Saint-Blancat, Maire de Vias, les associations patriotiques locales et un public venu nombreux se sont réunis devant la stèle dédiée à Charles Miquel à Agde. Le Lieutenant-Colonel Faivre, lors d'un long discours, a rappelé à tous ce que fut l'aventure du "Normandie Niemen", insistant notamment sur la vie de ces hommes en Russie, mais aussi sur les valeurs qu'ont transmises les hommes de 1945 à ceux qui sont actuellement dans ce même régiment : "par leur engagement permanent au service de leur pays, les hommes et les femmes du "Normandie Niemen" ont à cœur de faire honneur à ceux qui ont écrit les plus belles pages de l'histoire de l'Armée de l'Air". Ce fut ensuite au tour du Général Hubac de prendre la parole pour retracer la biographie de Charles Miquel, ses batailles, ses victoires, la fougue combattante de sa jeunesse, en somme la vie d'un homme dont "la perte a privé le "Normandie Niemen" d'un équipier fidèle au talent reconnu, en pleine possession de ses moyens et à l'enthousiasme inébranlable". Le Général a cédé la parole au Maire d'Agde, qui a pour sa part souligné que "c'est avec une émotion toute particulière que je m'adresse à vous aujourd'hui. Cette émotion, nous l'avons, je l'imagine, tous ressentie lorsque nous avons découvert sur l'affiche de ces commémorations le beau visage de Charles Miquel. L'intensité de ce regard où se lit la joie de l'espérance et la triste conscience d'une vie qui s'achève, nous ne sommes pas prêts de l'oublier. Charles Miquel fut l'incarnation de cette jeunesse qui avait façonné ses valeurs dans le culte de la patrie et qui, le jour venu, sut aller jusqu'au sacrifice pour défendre la liberté et la dignité humaine. Le 16 janvier 1945, Charles Miquel avait tout juste 24 ans, il avait pourtant déjà rendez-vous avec son destin. Ce jour-là, qui fut pour lui le dernier, il effectuait une mission de couverture en survolant le champ de bataille de Gumbinnen. A cet instant, la guerre était en France quasi achevée, le pays résonnait encore des scènes de joie de la Libération mais sur les terres austères de la Prusse Orientale, le combat continuait. Jamais dans l'histoire de l'humanité pourtant tristement riche en atrocités, la civilisation fut à ce point ébranlée. Le combat qui fut mené pour sa survie avait à voir avec le bien et le mal. Il était d'une nature propre à transcender les hommes et à révéler les aspects les plus sordides mais aussi les plus éclatants de notre humaine condition. Charles Miquel avait le rayonnement de ces hommes habités par la certitude du devoir à accomplir. Il était l'enfant d'une France qui, dans ses profondeurs, n'avait pas renoncé à défendre son message. Puisse encore notre jeunesse être capable de mesurer, et plus encore de comprendre, l'extraordinaire abnégation qui le guida dans ses actes. J'ai, comme tous les Agathois, quelque fierté à savoir que ce fils de France exemplaire a fréquenté durant sa scolarité, qui fut brillante, les classes du Collège d'Agde. Peut-être que l'enseignement de ses professeurs ne fut pas non plus étranger à son engagement patriotique. Comment ne pas penser non plus à ses parents, François et Marie, qui ne virent jamais revenir ce fils tant aimé et qu'ils avaient élevé avec le souci de lui inculquer le sens du devoir et de la morale. C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, je formule le vœu qu'aujourd'hui comme hier, comme elle sut le faire si souvent au travers de sa longue histoire, notre Nation retrouve les ressorts de son identité et de sa vocation universelle. Je formule le vœu que notre pays sache redonner à sa jeunesse le sentiment d'appartenance sans lequel rien de grand n'est réalisable. C'est ensemble, unis par ce passé commun qui honore notre peuple et nourrit notre avenir, que nous saurons nous montrer dignes de Charles Miquel et à travers lui, de la France, notre mère patrie". C'est à la suite de ce discours qu'a eu lieu le dépôt de gerbes, suivi de "Gosudarstvenny Gimn Rossiyskoy Federatsii", l'Hymne officiel de la Fédération de Russie, puis de la Marseillaise.
L'actuel Régiment "Normandie Niemen" a ensuite rendu un hommage particulier à Charles Miquel au travers du survol de la stèle par deux Mirages F1 de la 30ème Escadre avant qu'une autre cérémonie ne se mette en place pour remettre un drapeau à M. Tivene, porte-drapeau de l'ANMONM (Association Nationale des Membres de l'Ordre National du Mérite) par le Président de l'Agglomération Hérault Méditerranée. Ce fut ensuite au tour de Robert Gibellot de se présenter afin de recevoir la Médaille de Chevalier de l'Ordre National du Mérite qui lui a été remise par le Général Hubac, pour honorer l'ensemble de la carrière de cet Agathois d'adoption au sein des forces de l'Armée de l'Air.