Trésors numérisés

Estimes et compoix d'Agde : les plus anciens de toute l'Occitanie

Avant la Révolution, la principale imposition payée par la plupart des habitants s’appelle la « taille ». Pour permettre d’imposer les propriétaires, chaque communauté d’habitants établit un registre de tous les biens détenus dans le terroir. Il s’agit du « compoix » qui contient, sous le nom de chaque propriétaire et par articles séparés, la description de toutes les possessions, leur contenance, leurs confronts, leur nature, leur qualité et leur estimation.

La « taille » est une somme à payer au pouvoir royal, charge à la communauté de répartir cette somme sur l’ensemble des « taillables ». Dès lors, le compoix apparaît comme le moyen le plus équitable de répartition de cet impôt. Périodiquement, les compoix sont totalement refaits pour tenir compte des mutations, défrichements, abandons et changements de cultures.

Les compoix demeurent une source importante pour les recherches sur les familles, l'anthroponymie, la toponymie, la population, l'économie, l’agriculture, la fiscalité, l'espace rural et urbain...

La ville d’Agde détient les plus anciennes « estimes » - document estimatif établi sur déclaration du contribuable - connues de toute l’Occitanie. Elle conserve en outre un nombre important de compoix, preuve du dynamisme de la ville durant le Moyen-Age et l’Ancien Régime.

 

 

Les cartulaires de la Communauté d’habitants d’Agde

Les cartulaires d’Agde (AA2, AA3 et AA4) ont été commandés par une délibération des consuls du20 octobre 1602. Cette délibération ne fait mention d’aucune raison précise si ce n’est la présence à Agde d’« ung home qui auroit linteligence et savoir de trallacter et traduire de latin en français, auquel ilz auroint faict voir et lire la pluspart des papiers et documents qui sont dans lad. maison consulaire, lequel leur auroict esplique la qualitte et importance des actes susd. »

La trilogie présente un ensemble de chartes régissant les relations entre le pouvoir seigneurial et le pouvoir communautaire. Le premier cartulaire (AA2) reprend les textes qui établissent ces relations, le deuxième (AA3) présente les Biens Patrimoniaux de la Communauté et les reconnaissances du fief de l’Œuvre Commune, le troisième (AA4) détaille les frontières avec les communes voisines et les relations avec elles.

Le premier volume se compose de 103 folios en parchemin sans couverture, reprenant 18 chartes de 1218 à 1564 traduites en français. Les documents originaux en latin sont conservés dans les archives de la ville.

 

 

 
Le deuxième volume de parchemin est paginé jusqu’au folio 89, avec couverture de parchemin souple. Il recueille 58 textes différents traduits du latin au français, se répartissant entre 1176 et 1531. Ce volume porte sur les biens et droits patrimoniaux de la Communauté d’habitants d’Agde et concerne la leude*, la boucherie, le ban, les pâturages, le courratage**, la ferme des herbages, mais aussi l’achat de maisons et de prés. On y trouve aussi les biens appartenant à l’Oeuvre Commune, l’Hôpital, la Ladrerie*** et la Charité.
* La leude est un impôt indirect portant sur les entrées et sorties des marchandises.
** Le courratage (ou courtage) est un impôt indirect sur la vente des boissons en gros.
*** La ladrerie est l'hôpital des lépreux.

 

 

 
Le troisième et dernier volume de ce cartulaire contient 132 folios sur parchemin, avec couverture de parchemin souple. Il recueille 29 transactions et sentences arbitrales de 1279 et 1458, traduites du latin au français. Ce volume porte sur les limites territoriales entre Agde et les villes voisines : Marseillan, Florensac, Bessan et Vias.

 

 

 
Ces cartulaires, microfilmés et numérisés par le Service des Archives Municipales, ont aussi fait l’objet de microfilmage par l’Institut de Recherches de l’Histoire des Textes (IRHT) du CNRS sous les cotes MF 55975 à 55978.